Portrait de Hugo Bardin

Témoignage

Hugo Bardin

Hugo Bardin, alias Paloma : du Cours Florent à la scène, un parcours entre théâtre, drag et mise en scène.

Campus Paris
Promo 2012
Ancien

Le comédien et metteur en scène Hugo Bardin, créateur de son double Drag Queen Paloma, est revenu au Cours Florent pour une rencontre avec les élèves. Entre souvenirs d’école et réflexions partagées sur la subversion par le costume, la féminité comme artifice sacré, performance artistique et politique, Hugo Bardin s’est raconté en toute simplicité et dans toute sa palette.

Les années Cours Florent : chercher sa place entre jeu et mise en scène

Hugo Bardin quitte Clermont-Ferrand après le bac et entre directement au Cours Florent à Paris, distance porte à porte 427 kilomètres. C’est dans cette école que le jeune homme, qui a commencé le théâtre à l’âge de 4 ans et pratiquait déjà jusqu’à 15 heures de théâtre par semaine au lycée, développe peu à peu ses personnages issus de la culture Drag, qu’il a découverte au théâtre à 17 ans dans sa région natale. Par tâtonnements d’abord, parce qu’il explique avoir été ramené à la réalité à son arrivée au Cours Florent Paris à 18 ans, dans la salle où nous sommes venus l’écouter ce soir :

« J’avais les cheveux longs, j’étais gothique, j’étais sûr de moi. J’avais fait plus d’heures de théâtre dans ma vie que la plupart de mes camarades, j’avais l’arrogance de ceux qui pensent qu’ils n’ont plus rien à découvrir. Je me trompais. J’ai découvert que je n’étais pas celui qui en avait le plus envie, je n’étais pas le meilleur non plus. Les autres avaient la soif d’apprendre et l’humilité. Par choix, j’ai très peu joué par choix à Florent, finalement ; je me suis refugié dans la mise en scène ».

Le comédien lance alors aux élèves présents : « Jouez, allez au plateau, essayez des choses, ne faites pas comme moi. »

Soigner le féminin, faire rire... La future Paloma se construit doucement, au gré des victoires du jeune comédien contre les règles et les assignations. Hugo Bardin veut jouer Tartuffe, on lui colle le rôle d’Othello. Il s’insurge : « à part Meryl Streep, personne ne peut TOUT jouer ! Je voulais être bon dans ce que j’avais envie de faire ». 

Ainsi, dans l’échéance Parcours d’un rôle (palier d’évaluation du cursus Théâtre au Cours Florent), il est Madame dans Les Bonnes de Jean Genêt. En troisième année, il joue dans une adaptation de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959), dans lequel deux hommes se déguisent en femmes pour échapper à la pègre de Chicago. 

Au Cours Florent déjà, il aime mettre en scènes les comédiennes, il confectionne les costumes jusqu’aux perruques, il coiffe et maquille (un goût qu’il transformera en petits boulots comme autant de portes d’accès dans les théâtres à sa sortie de l’école). Jusqu’à son TFE (Travail de Fin d’Études), qui lui vaut un prix, Hugo Bardin n’aura eu de cesse de chercher son endroit, son théâtre et son art.

La naissance de Paloma : du théâtre à Drag Race France

À sa sortie de l’école, infatigable, il met en scène, monte une troupe, multiplie les projets dans des théâtres parisiens : « Tous mes copains étaient en Classe Libre ou au Conservatoire, moi qui n’avais pas voulu entrer dans le moule des concours, il fallait que je bosse ! » 

En 2015, Hugo Bardin réalise son premier long-métrage, Neiges d’automne. Quelques années plus tard, la série YouTube Gourmandes, dans laquelle il interprète plusieurs personnages de Drag Queen en cuisine, rencontre un certain succès et marque un tournant dans son parcours. « J’ai adoré jouer, j’ai adoré redevenir comédien, j’ai adoré revenir aux Drag Queens et j’ai compris : je ne serais jamais Francis Huster mais je serais peut-être, un tout petit peu, Michel Serrault dans La Cage aux Folles ». 

En 2018, il embrasse pleinement cet art en choisissant le nom de scène Paloma, en référence au cinéma de Pedro Almodovar et à Paloma Picasso. Tout s’enchaîne : sa victoire à Drag Race France en 2022 sur France Télévisions, la présentation de son court-métrage Paloma au Festival Music & Cinéma de Marseille où il remporte le Prix du Public et le Grand Prix de la meilleure musique originale, puis sélection au Festival du cinéma européen de Lille. 

En 2023, l’émission Drama Queens chez Paloma, également sur France TV, la chronique en direct de Paloma dans l’émission Quotidien la même année, Paloma aux plurielles aux Folies Bergères et en tournée, et enfin 2024, Paloma aux Jeux Olympiques de Paris, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture imaginée par Thomas Jolly

On ne peut citer que quelques exemples des aventures dans lesquelles Hugo entraîne Paloma... à moins que ce ne soit l’inverse ?

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Après Paloma : le retour du comédien Hugo Bardin sur les planches

Si Paloma a largement contribué à faire connaître Hugo Bardin auprès du grand public, le comédien n’a jamais abandonné le théâtre. Lors de cette rencontre, il est revenu sur une réalité qu’il connaît bien : lorsqu’un personnage prend autant de place, il peut parfois éclipser l’artiste qui lui donne vie.

« Un artiste queer est limité », analyse-t-il, évoquant la manière dont les entretiens le ramènent souvent aux questions d’identité ou de communauté. Pourtant, Hugo Bardin revendique avant tout son métier de comédien, de metteur en scène et de créateur.

Dans ce parcours, une rencontre a compté. Celle de Valérie Lesort, qui lui formule un jour une demande simple et directe : « Je m’en fiche de Paloma, je veux Hugo ». En 2025, la metteuse en scène lui confie un rôle dans Que d’espoir ! de Hanokh Levin, au Théâtre de l’Atelier.

Une expérience importante pour celui qui cherche à multiplier les terrains de jeu sans se laisser enfermer dans une seule image. Théâtre, drag, mise en scène, télévision : Hugo Bardin refuse les frontières entre les disciplines et poursuit un même objectif, celui de s’adresser au plus grand nombre.

Aujourd’hui, il est également à l’affiche de Potiche, de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mis en scène par Charles Templon au Théâtre Libre et récompensé aux Molières. Dans le rôle de Nadège, il poursuit ce dialogue entre ses différentes facettes d’artiste, avec le même plaisir de jouer qui l’animait déjà lorsqu’il était élève au Cours Florent.

Potiche Hugo Bardin

Crédit photo : Kameliya S.

Article rédigé par Géraldine Cirot - mai 2026