Fabrice Michel Directeur Cours Florent Montpellier

Témoignage

Fabrice Michel

« Ils ne le savent pas encore mais ils ont une liberté qui est belle à voir » : c’est ainsi que Fabrice Michel parle de ses élèves, « des gens du Sud, atypiques, étonnants, pas formatés. »

Campus Montpellier
Professeur

Rencontre avec Fabrice Michel, Directeur du Cours Florent Montpellier

 

« Ils ne le savent pas encore mais ils ont une liberté qui est belle à voir » : c’est ainsi que Fabrice Michel parle de ses élèves, « des gens du Sud, atypiques, étonnants, pas formatés. » Cette génération qui se forme dans la Région Occitanie, première région française pour l’accueil des tournages de fictions télévisées, le directeur du Cours Florent Montpellier veut l’emmener le plus loin possible. Pour lui permettre de tirer le meilleur de ce rayonnement et d’emprunter les bonnes passerelles, il a un credo : la pédagogie construite avec et pour la caméra.

Le son et l'image au coeur du projet pédagogique

Parce que les chaînes de télévision et désormais les plateformes plantent leurs studios à côté de l’endroit où il cultive les talents, Fabrice Michel a pris une décision : dans les deux ans à venir, il va « développer très fortement l’audiovisuel ». Il se penche déjà sur les Enseignements techniques qu’il tourne justement vers les métiers de l’audiovisuel et vers les nouvelles esthétiques contemporaines. Il a par exemple confié l’atelier Scénario, écriture et réalisation à Emmanuel Moreau, scénariste lauréat du prix de meilleur scénario au Festival de la Fiction de La Rochelle

Masterclass, rencontres : il prend soin de l’écosystème en rapprochant l’école des agents, des directeurs et directrices de casting qui comptent dans la région (parmi lesquels Sophie Nardone, Agnès Alberny, Joanna Delon, ou encore Jérôme Léguillier). « Je veux rendre ces jeunes prêts à répondre à des demandes qui vont se multiplier. Je veux leur apprendre à être convaincants, tout de suite » explique le directeur, qui, dès la rentrée prochaine, placera tous ses élèves de Première année devant la caméra - 3 heures par semaine seront ainsi ajoutées aux 9 heures de formation. Son objectif ? « Envoyer des signaux forts à cette génération qui arrive, nourrie d’images et de nouveaux contenus, qui crée vite avec des outils plus légers : on ne peut pas rester classiques ! Il faut être à leurs côtés pour leur permettre d’être de véritables forces de proposition ». Et pour lui, tout ou presque se passe quand ça tourne au son et à l’image. 

Apprendre à jouer avec la caméra

Si on lui demande pourquoi et comment une prise est réussie, il hausse les épaules, sans doute un peu par jeu. La vie est un chaos organique, une énigme : « Est-ce qu’on en comprend tout ? fait-il semblant de s’interroger. Non, alors ne cherchez à être explicatif » : le cinéma est fait de touches d’émotion qui nous mettent ailleurs. La clarté est ainsi l’ennemie de la vérité : « Si on la comprend, c’est qu’elle est mal racontée » ajoute Fabrice Michel en citant Brecht (Baal, 1918) pour nous parler des bonnes histoires, celles qui marchent à la caméra. Jouer face à elle, c’est vivre les choses intérieurement, être dans la rétention. Il faut avoir un côté « non-émotionnel » : ce n’est pas parce qu’on est porteur d’une émotion que les gens seront touchés. Il faut savoir trouver la bonne distance pour que le spectateur fasse le chemin et trouve sa place, pour qu’il puisse vivre quelque chose. Il ne faut pas lui prendre l’émotion, il faut lui laisser une place pour lui permettre de la vivre. 

Le comédien doit donc apprendre à dé-sentimentaliser les scènes. « Quand tu te charges en émotion, tu te blindes, on ne voit pas la fêlure, la perte. Les grands acteurs acceptent de se perdre car c’est la seule manière de pouvoir ressentir quelque chose, sinon on fabrique ». Pas d’inquiétude, l’émotion est là quoi qu’il arrive si vous jouez au présent. Apprenez à vous désarmer, à retrouver une forme d’innocence, une « idiotie radicale ». 

Il faut aussi savoir être dans l’instant tout en étant capable de refaire la même chose à la prise d’après, puis à la suivante. Cela implique d’apprendre à jouer avec ce véritable partenaire qu’est la caméra car c’est le lieu d’où l’on regarde. Au cinéma, c’est la technique qui dicte ses lois : ce n’est pas l’acteur qui décide, c’est le plan qui raconte quelque chose, et si l’acteur a conscience du plan, il saura trouver la bonne émotion. Le comédien ou la comédienne doit savoir ajuster l’émotion à la focale.

 

Article rédigé par Géraldine Cirot en mai 2026.